La Cour des Miracles

par Arlette Bompart

d'après le récit de Roland Noyrigat

 

Cour des miracles

 

Extrait

Grand retour dans le temps avec cette gravure nous présen­tant, au XVIIème siècle, une Cour des Miracles. Peut-être quelques explications car, les ans qui passent, estompent parfois nos souvenirs.

Sous l’Ancien Régime donc, existaient des zones de non droit regroupant les reclus de la société souffrant de tous les maux possibles. Ils vivaient là, en communauté, tout au long de la journée afin d’apitoyer les bourgeois de passage et de récolter une aumône, si maigre soit-elle. Mais, MIRACLE, une fois la nuit tombée, ce pauvre monde disparaissait comme par magie ! Le vieillard rajeunissait… Le boiteux marchait droit… L’aveugle se dirigeait sans problème… Bref, tous ces infirmes retrouvaient leurs capacités respectives. Mendiants le jour, ils devenaient brigands la nuit. On comptait sur Paris une dou­zaine de ces lieux malfamés. Plusieurs grandes villes en possédaient un aussi. Les dé­truire devint le souhait le plus cher des rois et du peuple de France car les nuisances s’avéraient insuppor­tables. De décennie en décennie, de laborieuses tentatives aboutirent à des suppressions partielles. Il fallut attendre août 1784 pour déclarer fermée la totalité de ces espaces.

Je présume que je vais éveiller la curiosité de certains Mil­lavois. Oui, notre cité aussi avait, bel et bien, sa Cour des Miracles ! Où donc ? Les anciens doivent s’en souvenir, mais vous qui l’ignorez, suivez-moi.

Me voici sur le boulevard de l’Ayrolle, à l’angle de la rue de l’Ancienne Tour, devant l’épicerie des époux Perrier (voir tome 5, page 239). Je continue la promenade. Je longe l’atelier du menuisier ébéniste M. Pradié ; je repense à son fils, le grand Michel… M. et Mme Gaven (parents de Jean-Louis), tien­dront là, plus tard, l’agence Vespa… Je re­père ensuite l’imprime­rie des frères Bousquet dont la renommée n’est point à faire… Après un cabinet d’assurances, à l’angle du porche du Concierge, une lai­tière, chaque soir, nous fournissait encore tout tiède, du bon lait cré­meux de ferme. Un petit détour sous ce passage obscur, je revois au travail MM. Gayraud et Durand menuisiers et M. Trémolet s’appli­quant au bobinage des moteurs électriques. Les habitants de ces mai­sons riveraines, des familles nombreuses, se côtoyaient en bonne intelligence. Je me souviens des Courtial, des Rouquette et encore de la Mémé Caylus… Puis, place à la boucherie Fabre et au magasin de Claude Bessière « Cycles, Motos, Scooters ». A l’étage au-dessus, vivait Mme Bellus, laveuse de métier. Pour rincer le linge, elle descendait au grand lavoir. En hiver, elle plongeait ses mains et ses bras dans l’eau glacée. Elle nous donnait la chair de poule !

Je me rapproche maintenant des murs et grilles du numéro 45. Que cachent-ils ? Vous le saurez bientôt. (...)

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