La rue Louis Blanc dans les années 40-50

de Cédric Cadaux

d'après les souvenirs de Paul Cadaux 

et Marie-Thé.

Extrait

Quel est l'automobiliste millavois qui ne passe pas au moins une fois dans la semaine par la rue Louis Blanc au volant de sa voiture ? Pendant de nombreuses années, dès que les cloches des écoles s'étaient tues, cette voie, qui n'est autre que la RN 9, était saturée de files ininterrompues d'automobiles avançant à la vitesse de l'escargot, moteur chauffant, tractant caravane ou remorque chargée à bloc. Mais chacun savait que cet épuisant périple était le prix à payer pour quelques semaines de dépaysement, de repos et de bonheur sur les plages sablonneuses de la Grande Bleue.

Mon père, lorsqu'il était enfant dans les années 40, habitait dans cette rue. Son père, artisan fabriquant des calibres pour les besoins de la ganterie, activité millavoise alors florissante, se rendait tous les jours à son atelier, rue du Voultre, proche de la rue Louis Blanc. Un jour, alors que nous nous rendions en centre-ville, mon père me fit la remarque que cette rue avait bien changé depuis soixante ans. En quoi avait-elle changé ?

Bien plus tard, lorsque nous décidâmes de nous lancer dans ce projet de collecte de récits et d'anecdotes, je repensai à ces propos tenus par mon père, et lui proposai de remonter le temps avec moi. Il accepta de bon cœur et se souvint que son ancienne voisine de la rue Louis Blanc, de deux ou trois années son aînée, venait de temps à autre dans la boutique de l'association. Il la contacta. Marie-Thé, nous l'appellerons ainsi, institutrice à la retraite, nous rendit visite un mercredi après-midi au local de la rue du Lion d'Or. Je devinai, lorsque cette dame aux yeux pétillants se présenta dans le bureau, que ce qu'elle avait à me dire se révèlerait passionnant.

 

Je ne fus pas déçu, car j'eus le privilège de redécouvrir, deux heures durant, une ville qui pourtant m'a vu naître, Millau dans les années 40 et à mes yeux, une autre planète...

 

Paul C. -Mon plus lointain souvenir de la rue Louis Blanc remonte à la fin de la guerre. J'étais alors très jeune, mais je revois ma mère, tous les soirs, fermant les volets, calfeutrant les fenêtres avec des morceaux d'étoffe et du papier afin de ne pas laisser passer le moindre rai de lumière, pouvant être vu depuis la rue, car les Allemands imposaient le couvre-feu.

 

Marie-Thé -Je me souviens parfaitement de cette période et de ce détail, mais je n'habitais pas encore rue Louis Blanc, mes parents occupaient un appartement rue André Balitrand. C'est là-bas, dans ce quartier, que j'ai vécu les années de guerre, et je pourrais vous raconter beaucoup d'anecdotes de cette époque. Il me revient en mémoire quelques paroles d'une chanson que je fredonnais souvent avec mes amies et qui en dit long sur la dureté du temps, mais c'est bien connu, les enfants ont le don de trouver matière à rire et jouer même dans les situations les plus dramatiques :

 

« J'ai demandé à ma mère ce qu'il y avait pour dîner

Elle m'a répondu des rutabagas et des topinambours

Et moi je lui ai dit :

Les rutabagas c'est pour les gagas,

Les topinambours, c'est pour les cabours ! »

Mais retournons rue Louis Blanc, et que le voyage commence...

Paul C. - La rue Louis Blanc comptait plusieurs commerces dans les années quarante : la boucherie Bernard, le marchand de journaux, les trois épiceries, dont les Docks Méridionaux et l'Étoile du Midi... J'en oublie certainement.

Marie-Thé - Pour entrer dans l'épicerie des Docks Méridionaux, il fallait descendre deux ou trois marches, et lorsqu'il y avait une crue, le magasin était inondé : les boîtes de sucre se retrouvaient dans l'eau!

Paul C. – Le dimanche, lorsque ma mère nous avait préparé une tarte, nous la portions chez le boulanger pour qu'il la fasse cuire dans son four à bois. (...)

Découvrez le texte intégral dans le tome 1.

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