Le mouchoir de poche de la Rue Droite

 

Photo 9

 

Par Cédric Cadaux

avec le concours de Jacqueline Ramond

 

Extrait

 

Pour qui ne connaît pas encore la boutique de notre association, au n°6 de la rue du Lion d'Or, le terme de «ruche» souvent utilisé à son endroit pour donner un aperçu de son intense activité peut surprendre. Et pourtant... Présent tous les mercredis après-midi, j'assiste souvent stupéfait aux incessantes allées et venues des généreux donateurs apportant vêtements ou bibelots, des clients, fidèles ou de passage, espérant dénicher un joli vêtement ou s'offrir un petit meuble auquel nous avons redonné des couleurs... On reçoit aussi les personnes, toujours plus nombreuses, venant demander de l'aide. Le mercredi, c'est aussi le jour où, dès les premiers frimas de l'automne et jusqu'aux grandes vacances estivales, nous travaillons à la rédaction et à l'illustration des récits de notre collection «Des Millavois parlent aux Millavois». Comment ne pas évoquer enfin le «centre opérationnel» de la boutique, la salle de tri, aménagée dans l'ancienne chambre froide de ce qui fut autrefois la boucherie Chaliez. Inlassablement, été comme hiver, dans leur huit mètres carrés (en poussant un peu les murs) nos dames bénévoles livrent un combat permanent contre l'espace et le temps. Ne pas se laisser déborder par les dizaines de sacs de linge, cartons de livres ou objets divers chaque jour déposés, parvenir à stocker astucieusement et de la façon la moins encombrante les réserves pour la saison prochaine, tels sont les défis que nos vaillantes ouvrières relèvent courageusement, tous les jours, du lundi au vendredi !

 

Parfois, c'est l'accalmie. En lecteur curieux, je m'accorde alors le plaisir de déballer des livres fraîchement arrivés. Mercredi dernier, parmi une dizaine de bouquins de toute sorte, c'est le plus petit qui attira mon attention. Il s'agissait du premier numéro de la revue «Mickey Poche» paru en 1974. La maison d'édition de Disney avait à l'époque lancé ce format pour concurrencer les indétrônables Pif, Pifou et autres Placid et Muzo, des éditions Vaillant, issues du Parti Communiste Français. Mais qu'avait donc de si particulier ce petit livre ? Si je l'évoque ici, c'est parce qu'il réveilla en moi un souvenir d'enfance. Dans mes jeunes années, nous habitions un appartement dans une belle maison du boulevard de l'Ayrolle, près du «lavoir romain» et j'accompagnais mon père chaque dimanche matin, se rendant à la librairie Ramond pour acheter son journal. C'est dans cette minuscule boutique aux dimensions d'un mouchoir de poche que je découvris, parmi d'autres trésors, ce petit livre que mon père m'offrit.

 

La libraire, Madame Ramond, petit accent, regard bleu clair pétillant et visage amène, avait dû elle aussi, à sa façon, redoubler d'imagination pour pallier l'exiguïté du lieu. Les rayonnages de livres, de revues et de fournitures scolaires recouvraient tous les murs jusqu'au plafond. Pour permettre d'atteindre les plus hautes étagères, une échelle était accrochée derrière le comptoir. Aux yeux de l'enfant que j'étais, cet endroit paraissait tout à la fois mystérieux et magique. Mystérieux comme l'étaient les livres perchés, certainement très savants, inaccessibles et prisonniers de la pénombre enveloppant l'étagement supérieur de cette cathédrale de papier. Magique surtout car Madame Ramond n'avait pas son pareil pour présenter les livres de contes, les belles histoires et les derniers gadgets à la mode. Au clair-obscur des hautes étagères succédait plus bas, mêlé à l'odeur rassurante du papier imprimé, le foisonnement des couleurs de la littérature enfantine.

Septembre 2011. La fille de Madame Ramond, Jacqueline, qui fut elle-même libraire à deux pas de la boutique maternelle, à l'angle de la rue Droite et du boulevard de l'Ayrolle, accepte de bon cœur de m'apporter son concours pour rédiger ce petit texte. J'ai plaisir à retrouver cette dame qui m'accueillit dans sa librairie à l'occasion d'un stage en 1985. Je constate qu'elle n'a rien perdu de son esprit vif ni de son goût de la précision. Ecoutons-la.

 

«En 1930, mes parents eurent l'opportunité d'ouvrir une librairie papeterie dans un minuscule local de la rue Droite.

Originaire des Ardennes, ma mère était une travailleuse acharnée. Dans les premiers temps, elle continua à dresser des gants dans son arrière boutique, profitant du moindre moment de répit. La librairie accueillait sa clientèle d'habitués tous les jours que Dieu fit, du lundi au dimanche, de 7 heures du matin à midi trente et de 14 heures à 20 heures. Le seul jour de relâche de l'année, c'était le premier mai, car les journaux quotidiens ne paraissaient pas. En 1971, Maman s'accorda les seules vacances dont je me souvienne : cette année-là, je l'accompagnai dans les Ardennes retrouver nos proches. C'est papa qui s'occupa seul de la librairie pendant notre absence.

Pour ma mère, vous l'aurez compris, sa petite librairie, c'était sa vie, son univers. Elle appréciait le contact avec ses clients, mais aussi cette rue Droite si animée qui rythma ses journées pendant plus de cinquante ans. Car d'animation, le quartier n'en manquait pas avec tous ses commerces. Ici, une (...)

 

Pour le texte intégral, voir le tome 3

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