Le Tras Saint-Jean

de Cédric Cadaux

d’après le récit d' Annie J.

 

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Extrait

Connaissez-vous le Tras Saint-Jean ? C'est là que je suis née, c'est là que j'ai passé toute mon enfance. Le quartier Beauregard vous parlera peut-être davantage, avec ses immeubles HLM, la sécurité sociale... Dans les années 40, aucune de ces constructions n'était encore sortie de terre : il n'y avait rien, rien qu'un immense champ nu bordant la rue Louis Blanc et la place de l'industrie, alors fermée : le Tras Saint-Jean. Ma tante venait y faire paître sa chèvre et pour nous les gosses, cet endroit constituait un formidable terrain de jeux. Mes parents étaient les concierges de «La Teinturerie Nouvelle» qui jouxtait le stade Paul Tort. Nous y occupions un appartement au rez-de-chaussée et disposions d'un jardin potager dont mon père prenait grand soin. Située en face de l'actuel bâtiment de la Sécurité Sociale, cette usine a aujourd'hui complètement disparu : la «rue de la Teinturerie» est désormais l'unique et discret témoin de cette ancienne activité. Papa, surnommé Coco, se levait tous les matins à quatre heures pour mettre en route la chaudière à charbon qui assurait le besoin en eau chaude de l'établissement. Deux heures plus tard, les ouvriers arrivaient. C'était une sacrée équipe de bons vivants, travailleurs, ayant toujours le mot pour rire et souvent une bonbonne de vin blanc sous le coude pour attaquer la journée!

Dans mes jeunes années, on attribuait volontiers des surnoms aux gens, d'après un trait de caractère, un aspect physique ou une anecdote. Chaque ouvrier de la teinturerie possédait le sien : je me souviens de Jambon, Ventrèche, Friton... Une de nos voisines, figure du quartier s'il en était, portait quant à elle le doux sobriquet de Bécassine, allez savoir pourquoi...

 

J'étais gamine quand la guerre éclata. Des réfugiés, fuyant les zones les plus touchées par les avancées de l’armée allemande, vinrent s'installer dans des logements du premier étage de l'usine. Ils y restèrent longtemps et je trouvai là l'occasion de me faire de nouveaux amis. L'un de nos jeux favoris consistait à construire des chars avec une longue planche et des roues, sur lesquels nous dévalions la rue Louis Blanc. Un peu garçon manqué, je jouais plus volontiers avec mon grand frère et ses copains qu'à la poupée. Mais lorsque la présence de cette petite sœur devenait trop encombrante et qu'ils voulaient rester entre eux dans le grand champ, ils ouvraient la porte de l’enclos de la ferme des Verdier et faisaient sortir les oies. Ces maudites bestioles se précipitaient sur moi et me becquaient furieusement. Je prenais mes jambes à mon cou et courrais me réfugier en pleurs à la maison.

 

Les Allemands, à partir de 1942, occupèrent l'école Jeanne d'Arc, mon école, qui n'accueillait à l'époque que les filles (les garçons étaient je crois ...

 

Pour le texte intégral, voir le tome 2

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