ganterie

  • Le tome 7 est sorti !

    Sans titre 3"Et voguent les souvenirs", tel est le sous-titre du 7ème tome de notre saga historique "Des Millavois parlent aux Millavois" dont vous découvrez aujourd'hui, en avant-première, la couverture... Depuis sept ans maintenant, à l'approche de Noël, nous donnons rendez-vous aux passionnés d'histoire(s) locale(s) impatients de tenir entre leurs mains le tout dernier écrin de récits et d'anecdotes vécues de l'ancien temps. Ce livre, fruit d'un an de travail, fait la part belle aux photos inédites et un nouvel illustrateur, Jean-Paul Guillaume, a rejoint les auteurs Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde. Vous voudriez en savoir un peu plus ? Voici quelques-un des titres composant cet ultime volume : "Un commerce, une vie...", "Yvonne et Maurice", "Les hommes en noir", "Du cirque à la moto", "La colonie du château", "Laurencie", "Lapinodrame", "Au Saoutadou naguère..." Mais le mieux ne serait-il pas de courir à la boutique d'A Tous Coeurs afin de vous procurer le bel ouvrage ?

     

     

  • Le tome 7, c'est pour bientôt !

    Sans titre 3"Et voguent les souvenirs", tel est le sous-titre du 7ème tome de notre saga historique "Des Millavois parlent aux Millavois" dont vous découvrez aujourd'hui, en avant-première, la couverture... Depuis sept ans maintenant, à l'approche de Noël, nous donnons rendez-vous aux passionnés d'histoire(s) locale(s) impatients de tenir entre leurs mains le tout dernier écrin de récits et d'anecdotes vécues de l'ancien temps. Ce livre, fruit d'un an de travail, fait la part belle aux photos inédites et un nouvel illustrateur, Jean-Paul Guillaume, a rejoint les auteurs Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde. Vous voudriez en savoir un peu plus ? Voici quelques-un des titres composant cet ultime volume : "Un commerce, une vie...", "Yvonne et Maurice", "Les hommes en noir", "Du cirque à la moto", "La colonie du château", "Laurencie", "Lapinodrame", "Au Saoutadou naguère..." Mais chut ! Nous vous en dirons un peu plus dans quelques jours...

     

     

  • Nous recherchons des souvenirs des premiers congés payés

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    Actualité oblige, les « commis d’écriture » de la collection « Des Millavois parlent aux Millavois » recherchent des témoignages se rapportant aux premiers congés payés : souvenirs de vacances, préparatifs, découverte de nouveaux lieux, état d’esprit, photos… Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde se tiennent à la disposition des personnes intéressées le vendredi de 16h à 17h30. Tél : 07 83 76 35 24. 

  • Et si vous participiez ?

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    Récemment, les trois auteurs de notre collection patrimoniale « Des Millavois parlent aux Millavois » ont été chaleureusement reçus par la pétillante centenaire Georgette Fernandez qui a bien voulu leur confier ses souvenirs. Ce fut l’occasion de faire le point sur l’avancement du septième opus.

    Comme pour les tomes précédents, de nombreuses photos inédites illustreront les récits des anciens. Sagas familiales, événements, anecdotes singulières et souvenirs personnels composeront une table des matières déjà riche d’une vingtaine de textes.

    « C’est maintenant ou jamais ! » disent en cœur Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde. En effet, même les meilleures choses ont une fin, alors ce tome, attendu pour Noël prochain, sera vraiment le dernier.

    Une photographie, une anecdote, un souvenir… il est toujours temps de rencontrer les auteurs qui se chargeront de l’écriture, chaque vendredi de 16h à 18h au bureau de l’association caritative, rue du Lion d’Or.

  • Les Coopérateurs... que de chemin parcouru !

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    d'après les archives et le récit de Claude Artières

    Extrait

     Dans les années 1920, les rues du vieux Millau débordaient d'activités. C'était l'époque où, le soir venu, en été, on sortait sa chaise devant sa porte pour cancanéjer et refaire le monde...

    Un Cercle des Coopérateurs, aux activités diverses, existait déjà dans notre ville. Il ouvrait des magasins d'alimentation. A « La Glaneuse » par exemple, on fabriquait du pain vendu par trois femmes poussant un chariot. Il organisait des rencontres sportives et des fêtes attirant la foule des grands jours. Lors de la Cavalcade du 4 août 1923, son char fleuri remporta brillam­ment le premier prix.

    Deux cafés résumaient la vie poli­tique d'alors : «La Fra­ternelle» bd Sadi Car­not, fréquentée par les «Blancs», «La Gerbe Sociale» rue Clausel de Coussergues, par les «Rouges». Celle-ci, bon­dée à la sortie du travail, proposait, dès 16 heures, des collations plutôt copieuses. Les habitués, portés sur le «miech conou» (chopine de rouge), s'enflammaient au cours de discussions animées où les préoccupations locales rivalisaient avec le contexte politique général. [...]

    Retrouvez le texte intégral dans le tome 6

      

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  • La rue Louis Blanc dans les années 40-50

    de Cédric Cadaux

    d'après les souvenirs de Paul Cadaux 

    et Marie-Thé.

    Extrait

    Quel est l'automobiliste millavois qui ne passe pas au moins une fois dans la semaine par la rue Louis Blanc au volant de sa voiture ? Pendant de nombreuses années, dès que les cloches des écoles s'étaient tues, cette voie, qui n'est autre que la RN 9, était saturée de files ininterrompues d'automobiles avançant à la vitesse de l'escargot, moteur chauffant, tractant caravane ou remorque chargée à bloc. Mais chacun savait que cet épuisant périple était le prix à payer pour quelques semaines de dépaysement, de repos et de bonheur sur les plages sablonneuses de la Grande Bleue.

    Mon père, lorsqu'il était enfant dans les années 40, habitait dans cette rue. Son père, artisan fabriquant des calibres pour les besoins de la ganterie, activité millavoise alors florissante, se rendait tous les jours à son atelier, rue du Voultre, proche de la rue Louis Blanc. Un jour, alors que nous nous rendions en centre-ville, mon père me fit la remarque que cette rue avait bien changé depuis soixante ans. En quoi avait-elle changé ?

    Bien plus tard, lorsque nous décidâmes de nous lancer dans ce projet de collecte de récits et d'anecdotes, je repensai à ces propos tenus par mon père, et lui proposai de remonter le temps avec moi. Il accepta de bon cœur et se souvint que son ancienne voisine de la rue Louis Blanc, de deux ou trois années son aînée, venait de temps à autre dans la boutique de l'association. Il la contacta. Marie-Thé, nous l'appellerons ainsi, institutrice à la retraite, nous rendit visite un mercredi après-midi au local de la rue du Lion d'Or. Je devinai, lorsque cette dame aux yeux pétillants se présenta dans le bureau, que ce qu'elle avait à me dire se révèlerait passionnant.

     

    Je ne fus pas déçu, car j'eus le privilège de redécouvrir, deux heures durant, une ville qui pourtant m'a vu naître, Millau dans les années 40 et à mes yeux, une autre planète...

     

    Paul C. -Mon plus lointain souvenir de la rue Louis Blanc remonte à la fin de la guerre. J'étais alors très jeune, mais je revois ma mère, tous les soirs, fermant les volets, calfeutrant les fenêtres avec des morceaux d'étoffe et du papier afin de ne pas laisser passer le moindre rai de lumière, pouvant être vu depuis la rue, car les Allemands imposaient le couvre-feu.

     

    Marie-Thé -Je me souviens parfaitement de cette période et de ce détail, mais je n'habitais pas encore rue Louis Blanc, mes parents occupaient un appartement rue André Balitrand. C'est là-bas, dans ce quartier, que j'ai vécu les années de guerre, et je pourrais vous raconter beaucoup d'anecdotes de cette époque. Il me revient en mémoire quelques paroles d'une chanson que je fredonnais souvent avec mes amies et qui en dit long sur la dureté du temps, mais c'est bien connu, les enfants ont le don de trouver matière à rire et jouer même dans les situations les plus dramatiques :

     

    « J'ai demandé à ma mère ce qu'il y avait pour dîner

    Elle m'a répondu des rutabagas et des topinambours

    Et moi je lui ai dit :

    Les rutabagas c'est pour les gagas,

    Les topinambours, c'est pour les cabours ! »

    Mais retournons rue Louis Blanc, et que le voyage commence...

    Paul C. - La rue Louis Blanc comptait plusieurs commerces dans les années quarante : la boucherie Bernard, le marchand de journaux, les trois épiceries, dont les Docks Méridionaux et l'Étoile du Midi... J'en oublie certainement.

    Marie-Thé - Pour entrer dans l'épicerie des Docks Méridionaux, il fallait descendre deux ou trois marches, et lorsqu'il y avait une crue, le magasin était inondé : les boîtes de sucre se retrouvaient dans l'eau!

    Paul C. – Le dimanche, lorsque ma mère nous avait préparé une tarte, nous la portions chez le boulanger pour qu'il la fasse cuire dans son four à bois. (...)

    Découvrez le texte intégral dans le tome 1.

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  • L'Homme Serpent

    Par Cédric Cadaux

    d'après le récit de Louis Combes

     

    L homme serpenta

    Extrait

    Je suis né rue Saint-Antoine, près de l'atelier du me­nuisier M. Guibert et de la boulangerie Trémolet, mais mon enfance se déroula pour l'essentiel rue des Fasquets, non loin des halles. Je fréquen­tais l'école du Beffroi. Il me revient de ces an­nées de jeune insouciance une anecdote liée à la déclaration de guerre. Le gou­vernement orga­nisa la récupéra­tion de ferraille à grande échelle afin de fabriquer armes et munitions équipant nos armées. Le jeudi (jour de repos des écoliers d'alors), avec cinq ou six co­pains, poussant un carrétou, nous fai­sions le porte à porte dans notre quartier et demandions aux particuliers de nous confier leurs vieux métaux. Je me sou­viens de l'estamaïre de la rue Peyrolle­rie, M. Limongi, trempant cuillères et fourchettes dans un bain d'étain afin de leur donner une seconde jeunesse. Un jour, il profita de notre passage et remplit notre chariot. Nous nous rendîmes ensuite à la gare où un employé pesa notre butin et nous paya.

    J'appréciais l'école, particulièrement les récréations... Avec des noyaux d'abricots, nous jouions à la boucarelle ou au serpent. Pour nous défouler, nous pratiquions aussi le cou­fidou : il suffisait de repérer un garçon dans un coin de la cour et de se jeter sur lui afin de l'esquicher contre le mur en criant : « Oh coufidou ! Oh coufidou ! » Simple, efficace ! Nous respections notre instituteur, M. Desmayous. Il savait capter notre attention avec ses leçons de choses, ses expériences étonnantes, ses récits historiques relatant les exploits de grands personnages...

    Comme tous les gosses, il nous arrivait de faire quelques bêtises. L'Hôtel du Commerce de la place du Mandarous disposait, à l'angle de la rue du Mouton Couronné et de celle des Fasquets, d'un jardin au portail souvent ouvert avec, à l'abri des regards un bassin dans lequel des écrevisses coulaient des jours heureux, se souciant peu du sort qui leur était réservé. Prenant garde de ne pas attirer l'attention du personnel, nous en prélevions deux ou trois spécimens que nous attissions ensuite avec un bâton. Lorsque nous n'avions pas accès au fameux jardin, curieux, nous collions notre nez, à la fenêtre grillagée à barreaux de la cuisine de l'hôtel. Pour nous faire déguerpir, le chef nous escampait des œufs !

    Le jeudi matin, nous assistions à la messe à Notre-Dame : les garçons de l'école du Beffroi d'un côté, les filles de l'institution Sainte-Marie de l'autre. Quelques jours avant la Fête-Dieu, nous répé­tions la cérémonie. Un prêtre nous indiquait les différentes étapes en faisant taper un claquoir. Certains après-midi, nous nous rendions avec le patronage au champ des curés à la Salette. Nous y disputions des matches de football, construisions des cabanes, des nichoirs pour les petits oiseaux, nous fabriquions des gaules avec des tiges d'abicasses... le tout sous la surveillance d'un abbé. Quelquefois, ce jour-là, nous profitions de l'absence des élèves pour nous rendre dans une courette de l'institution Sainte-Marie où les jeunes demoiselles jouaient à la balançoire pendant leurs récréations. Mais les religieuses de l'établissement n'appréciaient guère nos sauvages incursions et nous chassaient promptement du lieu. Si prestement qu'un beau jour, notre copain Aldo, sous-estimant la vélocité des bonnes sœurs et se croyant peut-être plus malin que nous autres, descendit de sa balan­çoire sans se hâter. Bien mal lui en prit ! Empoigné par le col de sa chemise, il fut amené manu militari auprès de la supé­rieure. Nous jugeâmes nécessaire de prévenir la mère du « prison­nier », une mamma de la rue Eustache d'origine italienne, forte en gueule, qui se rendit illico presto à l'école. Entendant brailler son rejeton, elle fit un scandale : « Si vous voulez des mioches, vous n'avez qu'à en faire, au lieu de prendre ceux des autres ! » hurla-t-elle avec un fort accent aux nonnes déconfites.

    Plus sagement, nous faisions parfois les spéléologues, nous explorions alors la Grotte des Faux-Monnayeurs, ni­chée dans les falaises du Causse Noir, au-dessus du quartier de la Salette. Les en­fants de chœur de la bande n'oubliaient pas de récupérer à l'église des bouts de chan­delles qui nous éclairaient... Au moindre courant d'air, nos lampes électriques pre­naient le relai. Parfois, nous grimpions jusqu'au Rocher Troué... Sur le chemin du retour, nous dévalions joyeusement les rulhes (éboulis de pierres) nombreuses en ces endroits...

    Dans notre quartier, nous récupérions des roues de vélo : nous les poussions avec une tige en fer pour les faire rouler. Un jour, j'ai délogé un « foutral de ratas » près de la cuisine de l'hôtel, rue du Mouton Couronné, que j'ai espouti avec mon cerceau de fortune ! Certains garagistes nous donnaient volontiers d'anciens roulements à billes. Nous les fixions sous une planche et organisions des courses de ra­balles...

    Mes parents, ouvriers gantiers, moururent prématurément : mon père en 1940, ma mère, en 1943. Je la revois encore travaillant sans relâche à sa machine à coudre « brosser ». Âgé d'à peine 16 ans, je me retrouvai seul au monde.

    Après l'obtention de mon certificat d'études, j'exerçai plu­sieurs « petits boulots ». Mon tuteur et parent, Léon Roucoules, pa­tron du magasin de confection pour hommes « La Grande Maison » m'embaucha. Je balayais le devant de porte, puis, équipé d'un landau astucieuse­ment transformé en glacière, je me rendais chez le brasseur de l'avenue Jean Jaurès, Jules Fabre, pour m'approvisionner en pains de glace. Je les livrais en­suite à nos clients de la Cité du Parc où résidait le gendre de mon em­ployeur. (...)

    Découvrez l'intégralité de ce récit dans le tome 5.

     

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  • Les quatre gantières

    de Cédric Cadaux

    d’après le récit de Nicole V.

     

    Guibert

     

    Extrait

    Native du midi, pays de ma famille paternelle, j’ai passé une partie de mon enfance à Millau, où est née ma mère. A l’époque, mon père était régisseur d’un domaine viticole, à Caux, un petit village de l’Hérault. Je venais passer toutes mes vacances chez ma grand-mère Juliette qui habitait avec sa mère Elmie et l’une de ses quatre sœurs, Yvonne, rue du Pont de Fer. Cela ne surprendra personne, mais cette rue, comme de nombreuses autres rues alors, était bien plus animée que de nos jours. Très peu d’automobiles disputaient la chaussée aux riverains qui du coup pouvaient tranquillement faire leurs courses, flâner et même s’asseoir devant leur porte pour faire un brin de causette avec les voisins. La proximité de l’école Victor Hugo (l’actuelle école Jean Macé) ajoutait à l’animation du quartier.

    Dans les années cinquante, le confort domestique était très relatif et la plupart des familles ouvrières vivaient à l’étroit. Mon arrière-grand-mère et ses deux filles ne faisaient pas exception et occupaient un modeste appartement composé de deux chambres au rez-de-chaussée et d’une pièce à vivre au premier étage, éclairée par deux fenêtres. Devant chacune de ces ouvertures donnant sur la rue, les deux sœurs avaient placé une machine à coudre : une « brosser » d’un côté, une « piqué anglais » de l’autre. Chaque machine était très spécialisée : la « brosser » cousait le gant en surjet tandis que le piqué anglais était une couture à plat de deux peaux se chevauchant. Je revois aussi, entre les deux fenêtres, l’imposante et indispensable cuisinière à bois qui chauffait le foyer durant les mois d’hiver et permettait la cuisson des plats. De l’autre côté de la pièce, face aux machines, un lit à baldaquin dans lequel trônait mon arrière-grand-mère, du haut de ses quatre-vingt-dix ans, en véritable matriarche. Enfin, au centre était disposée une belle table ronde où nous prenions nos repas, éclairée par un lustre à poulie.

    Née en 1868 sous le Second Empire, de parents gantiers, Elmie ne suivit pas la tradition familiale et épousa en 1890 mon arrière-grand-père, Jules, natif de Meyrueis en Lozère et boulanger de son état. Ensemble, ils travaillèrent dans leur boulangerie de la rue Louis Blanc, Jules au fournil, Elmie à la vente du pain, jusqu’à la fin des années 30. Le couple donna naissance à plusieurs filles, j’en connus quatre, dont je garde un souvenir affectueux : Juliette, ma grand-mère et mes grand-tantes Paule, Alice et Yvonne. Toutes gantières, leurs parents leur avaient inculqué le goût du travail et de l’effort. Nées d’une vieille famille cévenole, elles avaient en outre la foi huguenote chevillée au cœur. Si je n’ai pas entendu cent fois l’histoire de mon ancêtre Pierre, de Campis, près de Meyrueis, camisard et compagnon de Rolland qui périt sur la Grande Réale, galère de Louis XIV, pour avoir refusé d’abjurer sa foi, alors je ne l’ai pas entendue…

    Comme je crois l’avoir relaté plus haut, Elmie vivait avec deux de ses filles, Juliette et Yvonne, qui s’occupaient de leur mère comme on s’occupait des anciens dans un temps où les maisons de retraite n’existaient pas. Les deux autres filles, Paule et Alice, bien qu’indépendantes et mariées, étaient en fait voisines de leur mère car elles logeaient dans la même rue !

    Lorsque j’étais à Millau, tous les matins, j’assistais à un petit rituel familial bien sympathique. Les quatre gantières, revenues de leurs courses, se retrouvaient autour de leur mère. Là, ouvrant cabas et filet, chacune montrait fièrement qui ses fruits, qui ses légumes, grappillant de ci de là, s’entretenant de tout et de rien. Après le repas de midi, si le temps semblait au beau fixe, les filles, avant leur départ, décidaient d’asseoir confortablement leur mère devant la porte de la maison. L’aïeule pourrait de la sorte suivre le mouvement de la rue, en priant toutefois pour que la pluie ne s’invitât pas avant le retour des gantières !

    Nous n’avions pas l’eau courante à la maison, nous devions nous approvisionner en eau potable à la fontaine du boulevard Richard, tout proche. Cette corvée m’incombait parfois.

    Seule ma grand-mère travaillait en usine, elle était contremaîtresse à la ganterie GUIBERT où elle resta fidèle au poste jusqu’au jour de ses soixante et onze ans. Une fois par semaine, elle allait faire le ménage à la menuiserie PRIVAT et, avec l’accord de son employeur, rapportait des chutes de bois pour le chauffage : rien ne se perdait ! Je la revois encore rentrant à la maison chargée de sacs de jute remplis de ce précieux butin. Ses trois sœurs, en revanche, travaillaient à domicile. Alice et Yvonne, peut-être les plus adroites, oeuvraient au piqué anglais, ma tante Paule, quant à elle, une passe de gants devant son banquet, « rentrait les bouts » (elle rentrait les fils des broderies à l’intérieur des gants).

    Nous « soupions » assez tôt le soir et entre chien et loup, une fois la table levée, chacune se préparait pour une longue et immuable veillée. Tandis que ma grand-mère assistait la vieille Elmie pour son coucher, mes tantes rapprochaient les machines à coudre au centre de la pièce et ajustaient la hauteur du lustre à poulie. Il ne manquait plus que Monsieur Léopold, ancien professeur de piano. Ce voisin et ami de longue date de la famille avait perdu la vue depuis de nombreuses années. Vivant seul, il trompait sa solitude en se joignant à nous au moment de la veillée. Il ne se déplaçait jamais sans son énorme bible en braille dont il effleurait les myriades de caractères en relief aussi sûrement qu’il caressait les touches de son piano. Plus rarement, nous recevions aussi la visite de Mathilde, qui était sans famille et ne pouvait plus travailler à cause d’une santé fragile. Mes tantes l’aidaient parfois. Pour les remercier, elle allait cueillir de magnifiques bouquets de fleurs près du jardin POUJADE. Ma grand-mère la sermonnait souvent :

    « - Enfin Mathilde, tu ne devrais pas cueillir toutes ces fleurs, si tu te fais prendre ?

    - Ne t’inquiète pas, je ramasse celles qui sont au bord du chemin. Et puis, il leur en reste bien assez ! » répondait la brave femme, cherchant à rassurer ma grand-mère. Mais revenons à notre veillée. Tous les acteurs étaient désormais en place, le concert des moteurs pouvait alors commencer....

     

    Voir le texte intégral dans le tome 2

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