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  • Et si vous participiez ?

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    Récemment, les trois auteurs de notre collection patrimoniale « Des Millavois parlent aux Millavois » ont été chaleureusement reçus par la pétillante centenaire Georgette Fernandez qui a bien voulu leur confier ses souvenirs. Ce fut l’occasion de faire le point sur l’avancement du septième opus.

    Comme pour les tomes précédents, de nombreuses photos inédites illustreront les récits des anciens. Sagas familiales, événements, anecdotes singulières et souvenirs personnels composeront une table des matières déjà riche d’une vingtaine de textes.

    « C’est maintenant ou jamais ! » disent en cœur Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde. En effet, même les meilleures choses ont une fin, alors ce tome, attendu pour Noël prochain, sera vraiment le dernier.

    Une photographie, une anecdote, un souvenir… il est toujours temps de rencontrer les auteurs qui se chargeront de l’écriture, chaque vendredi de 16h à 18h au bureau de l’association caritative, rue du Lion d’Or.

  • Du Panoramique au Pano...

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    d'Arlette Bompart

    d'après le récit de Thierry Koren

    Extrait

    De retour de nos fréquentes promenades sur le Larzac, mon père ne manquait pas de s’arrêter dans le fameux virage qui, soudai­nement, nous offre une vue imprenable sur Millau. Il prenait le temps de contempler la ville « dans son trou », tendrement enlacée par les bras du Tarn et de la Dourbie et dominée par la Puncho, le Pic d’An­dan, le Lévézou et les contreforts des Causses. Observant le piton ro­cheux du site, il pensait :  « Pourquoi diantre l’envie de créer là un bar-restaurant, ouvert en période touristique, n’a-t-elle encore interpellé personne ? » Petit à petit, l’idée mûrit… elle fait son chemin… « Allez, je me lance dans le projet » déclare-t-il enfin. Nous sommes en 1965.

                    La location du terrain appartenant à la Mairie se règle rapi­dement. Un bail de 20 ans est signé. Les travaux peuvent commencer. Papa, pour des raisons financières, décide de tout édifier par lui-même. Il peut s’appuyer sur l’aide de certains frères, beaux-frères et ouvriers de l’usine Galtier où il travaille. A Aumont-Aubrac, chez un exploitant forestier, il achète la charpente sur pied. Il faut donc débiter les arbres, tailler les poutres, transporter le tout à Millau… Entrepo­sées en bordure du Tarn, ces pièces de bois attendent sagement le mo­ment de leur utilisation. Mais… dame rivière a ses caprices ! Une crue survient et ne manque pas d’emporter le tout. Durant une se­maine, « l’équipe » parcourt les berges de la rivière… Satisfaction, elle récupère pratiquement la totalité des chevrons échoués, par-ci, par-là, jusqu’à Saint-Rome-de-Tarn.

                    La construction de base, salle et terrasse, se réalise en bois. Deux énormes citernes récupèrent les eaux pluviales du toit en éverite. Les pompiers viennent régulière­ment en compléter le plein. Papa ajoute les produits spéciaux néces­saires à la purification. Ces installa­tions alimentent ainsi le bâtiment en eau potable. Les services vétérinaires effectuent des contrôles fré­quemment. Un groupe électrogène fournit le courant électrique. Deux frigos sahariens à gaz, achetés au Domaine de l’Etat permettent la conservation des denrées. En ce qui concerne les boissons, des pains de glace livrés par les établissements Marcellin, les maintiennent au frais.(...)

    Vous trouverez le texte intégral dans le tome 5 

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  • Un nouveau projet d'écriture...

    La collection « Des Millavois parlent aux Millavois » continue de s'étoffer, le 7ème tome étant en préparation. Comme pour les précédents, il s'agit d'un recueil de témoignages de la vie d'autrefois. Au fil de la rédaction des différents tomes, des récits de fictions ont été également écrits. Parallèlement à la rédaction du septième opus, une seconde équipe s'est formée pour éditer des contes, des nouvelles et des poésies. Le produit de la vente des livres permet à l'association de réaliser des actions à destination des plus jeunes. Le deuxième but étant de faire participer le plus large éventail de personnes possible. Il est toujours enrichissant de rencontrer différentes générations. Actuellement, huit personnes de tous âges travaillent a ce projet. Elles souhaitent élargir le groupe et invitent toute personne intéressée à les rejoindre.                                                                                                                              

    Vous aussi vous pouvez participer a ce projet: un souvenir, une musique un parfum ont marqué votre mémoire. Ce peut être le début de l'écriture d'un conte, d'une nouvelle ou d'une poésie (les contes et les nouvelles gardant un ancrage millavois, les poésies restant libres). Nous vous accueillerons avec plaisir ! La relecture et le choix des textes auront lieu collectivement. Le plaisir d'écrire doit rester la priorité. Le 2 avril à 10h se tiendra la première réunion du groupe au local de l'association.

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  • Les quatre gantières

    de Cédric Cadaux

    d’après le récit de Nicole V.

     

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    Extrait

    Native du midi, pays de ma famille paternelle, j’ai passé une partie de mon enfance à Millau, où est née ma mère. A l’époque, mon père était régisseur d’un domaine viticole, à Caux, un petit village de l’Hérault. Je venais passer toutes mes vacances chez ma grand-mère Juliette qui habitait avec sa mère Elmie et l’une de ses quatre sœurs, Yvonne, rue du Pont de Fer. Cela ne surprendra personne, mais cette rue, comme de nombreuses autres rues alors, était bien plus animée que de nos jours. Très peu d’automobiles disputaient la chaussée aux riverains qui du coup pouvaient tranquillement faire leurs courses, flâner et même s’asseoir devant leur porte pour faire un brin de causette avec les voisins. La proximité de l’école Victor Hugo (l’actuelle école Jean Macé) ajoutait à l’animation du quartier.

    Dans les années cinquante, le confort domestique était très relatif et la plupart des familles ouvrières vivaient à l’étroit. Mon arrière-grand-mère et ses deux filles ne faisaient pas exception et occupaient un modeste appartement composé de deux chambres au rez-de-chaussée et d’une pièce à vivre au premier étage, éclairée par deux fenêtres. Devant chacune de ces ouvertures donnant sur la rue, les deux sœurs avaient placé une machine à coudre : une « brosser » d’un côté, une « piqué anglais » de l’autre. Chaque machine était très spécialisée : la « brosser » cousait le gant en surjet tandis que le piqué anglais était une couture à plat de deux peaux se chevauchant. Je revois aussi, entre les deux fenêtres, l’imposante et indispensable cuisinière à bois qui chauffait le foyer durant les mois d’hiver et permettait la cuisson des plats. De l’autre côté de la pièce, face aux machines, un lit à baldaquin dans lequel trônait mon arrière-grand-mère, du haut de ses quatre-vingt-dix ans, en véritable matriarche. Enfin, au centre était disposée une belle table ronde où nous prenions nos repas, éclairée par un lustre à poulie.

    Née en 1868 sous le Second Empire, de parents gantiers, Elmie ne suivit pas la tradition familiale et épousa en 1890 mon arrière-grand-père, Jules, natif de Meyrueis en Lozère et boulanger de son état. Ensemble, ils travaillèrent dans leur boulangerie de la rue Louis Blanc, Jules au fournil, Elmie à la vente du pain, jusqu’à la fin des années 30. Le couple donna naissance à plusieurs filles, j’en connus quatre, dont je garde un souvenir affectueux : Juliette, ma grand-mère et mes grand-tantes Paule, Alice et Yvonne. Toutes gantières, leurs parents leur avaient inculqué le goût du travail et de l’effort. Nées d’une vieille famille cévenole, elles avaient en outre la foi huguenote chevillée au cœur. Si je n’ai pas entendu cent fois l’histoire de mon ancêtre Pierre, de Campis, près de Meyrueis, camisard et compagnon de Rolland qui périt sur la Grande Réale, galère de Louis XIV, pour avoir refusé d’abjurer sa foi, alors je ne l’ai pas entendue…

    Comme je crois l’avoir relaté plus haut, Elmie vivait avec deux de ses filles, Juliette et Yvonne, qui s’occupaient de leur mère comme on s’occupait des anciens dans un temps où les maisons de retraite n’existaient pas. Les deux autres filles, Paule et Alice, bien qu’indépendantes et mariées, étaient en fait voisines de leur mère car elles logeaient dans la même rue !

    Lorsque j’étais à Millau, tous les matins, j’assistais à un petit rituel familial bien sympathique. Les quatre gantières, revenues de leurs courses, se retrouvaient autour de leur mère. Là, ouvrant cabas et filet, chacune montrait fièrement qui ses fruits, qui ses légumes, grappillant de ci de là, s’entretenant de tout et de rien. Après le repas de midi, si le temps semblait au beau fixe, les filles, avant leur départ, décidaient d’asseoir confortablement leur mère devant la porte de la maison. L’aïeule pourrait de la sorte suivre le mouvement de la rue, en priant toutefois pour que la pluie ne s’invitât pas avant le retour des gantières !

    Nous n’avions pas l’eau courante à la maison, nous devions nous approvisionner en eau potable à la fontaine du boulevard Richard, tout proche. Cette corvée m’incombait parfois.

    Seule ma grand-mère travaillait en usine, elle était contremaîtresse à la ganterie GUIBERT où elle resta fidèle au poste jusqu’au jour de ses soixante et onze ans. Une fois par semaine, elle allait faire le ménage à la menuiserie PRIVAT et, avec l’accord de son employeur, rapportait des chutes de bois pour le chauffage : rien ne se perdait ! Je la revois encore rentrant à la maison chargée de sacs de jute remplis de ce précieux butin. Ses trois sœurs, en revanche, travaillaient à domicile. Alice et Yvonne, peut-être les plus adroites, oeuvraient au piqué anglais, ma tante Paule, quant à elle, une passe de gants devant son banquet, « rentrait les bouts » (elle rentrait les fils des broderies à l’intérieur des gants).

    Nous « soupions » assez tôt le soir et entre chien et loup, une fois la table levée, chacune se préparait pour une longue et immuable veillée. Tandis que ma grand-mère assistait la vieille Elmie pour son coucher, mes tantes rapprochaient les machines à coudre au centre de la pièce et ajustaient la hauteur du lustre à poulie. Il ne manquait plus que Monsieur Léopold, ancien professeur de piano. Ce voisin et ami de longue date de la famille avait perdu la vue depuis de nombreuses années. Vivant seul, il trompait sa solitude en se joignant à nous au moment de la veillée. Il ne se déplaçait jamais sans son énorme bible en braille dont il effleurait les myriades de caractères en relief aussi sûrement qu’il caressait les touches de son piano. Plus rarement, nous recevions aussi la visite de Mathilde, qui était sans famille et ne pouvait plus travailler à cause d’une santé fragile. Mes tantes l’aidaient parfois. Pour les remercier, elle allait cueillir de magnifiques bouquets de fleurs près du jardin POUJADE. Ma grand-mère la sermonnait souvent :

    « - Enfin Mathilde, tu ne devrais pas cueillir toutes ces fleurs, si tu te fais prendre ?

    - Ne t’inquiète pas, je ramasse celles qui sont au bord du chemin. Et puis, il leur en reste bien assez ! » répondait la brave femme, cherchant à rassurer ma grand-mère. Mais revenons à notre veillée. Tous les acteurs étaient désormais en place, le concert des moteurs pouvait alors commencer....

     

    Voir le texte intégral dans le tome 2

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  • Le Tras Saint-Jean

    de Cédric Cadaux

    d’après le récit d' Annie J.

     

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    Extrait

    Connaissez-vous le Tras Saint-Jean ? C'est là que je suis née, c'est là que j'ai passé toute mon enfance. Le quartier Beauregard vous parlera peut-être davantage, avec ses immeubles HLM, la sécurité sociale... Dans les années 40, aucune de ces constructions n'était encore sortie de terre : il n'y avait rien, rien qu'un immense champ nu bordant la rue Louis Blanc et la place de l'industrie, alors fermée : le Tras Saint-Jean. Ma tante venait y faire paître sa chèvre et pour nous les gosses, cet endroit constituait un formidable terrain de jeux. Mes parents étaient les concierges de «La Teinturerie Nouvelle» qui jouxtait le stade Paul Tort. Nous y occupions un appartement au rez-de-chaussée et disposions d'un jardin potager dont mon père prenait grand soin. Située en face de l'actuel bâtiment de la Sécurité Sociale, cette usine a aujourd'hui complètement disparu : la «rue de la Teinturerie» est désormais l'unique et discret témoin de cette ancienne activité. Papa, surnommé Coco, se levait tous les matins à quatre heures pour mettre en route la chaudière à charbon qui assurait le besoin en eau chaude de l'établissement. Deux heures plus tard, les ouvriers arrivaient. C'était une sacrée équipe de bons vivants, travailleurs, ayant toujours le mot pour rire et souvent une bonbonne de vin blanc sous le coude pour attaquer la journée!

    Dans mes jeunes années, on attribuait volontiers des surnoms aux gens, d'après un trait de caractère, un aspect physique ou une anecdote. Chaque ouvrier de la teinturerie possédait le sien : je me souviens de Jambon, Ventrèche, Friton... Une de nos voisines, figure du quartier s'il en était, portait quant à elle le doux sobriquet de Bécassine, allez savoir pourquoi...

     

    J'étais gamine quand la guerre éclata. Des réfugiés, fuyant les zones les plus touchées par les avancées de l’armée allemande, vinrent s'installer dans des logements du premier étage de l'usine. Ils y restèrent longtemps et je trouvai là l'occasion de me faire de nouveaux amis. L'un de nos jeux favoris consistait à construire des chars avec une longue planche et des roues, sur lesquels nous dévalions la rue Louis Blanc. Un peu garçon manqué, je jouais plus volontiers avec mon grand frère et ses copains qu'à la poupée. Mais lorsque la présence de cette petite sœur devenait trop encombrante et qu'ils voulaient rester entre eux dans le grand champ, ils ouvraient la porte de l’enclos de la ferme des Verdier et faisaient sortir les oies. Ces maudites bestioles se précipitaient sur moi et me becquaient furieusement. Je prenais mes jambes à mon cou et courrais me réfugier en pleurs à la maison.

     

    Les Allemands, à partir de 1942, occupèrent l'école Jeanne d'Arc, mon école, qui n'accueillait à l'époque que les filles (les garçons étaient je crois ...

     

    Pour le texte intégral, voir le tome 2

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  • Retour sur une belle histoire

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    "Le rapport à l'écrit ne doit pas être un frein. Il suffit de nous rencontrer et de nous livrer oralement des brins de vie, des instants dignes d'être partagés. Nous nous chargeons du reste", précise Cédric Cadaux

     

    La nouvelle est tombée du côté de l'association de solidarité à Tous Cœurs, présidée par Cédric Cadaux, le tome VII de la collection patrimoniale, «Des Millavois parlent aux Millavois», sera bien le dernier ! Alors avis aux amateurs qui souhaitent apporter un témoignage, une anecdote, un récit sur la vie millavoise de l'ancien temps, le moment est venu de prendre contact avec l'équipe des coauteurs.

    Depuis le début du mois, Arlette Bompart, Cédric Cadaux et Pierre Costecalde se sont remis à la tâche. Déjà, les premiers récits, accompagnés de photos inédites, ont été recueillis. Et avec eux se réamorce le passionnant travail d'écriture et de recherche documentaire.

    Une aventure au long cours...

    Qui aurait pu croire, en 2009, que l'équipe en arriverait là ? Cette idée a germé dans la tête du président de l'association lorsqu'il s'est agi de solliciter la générosité des Millavois, autrement qu'en leur demandant de l'argent. «Ce fut un peu laborieux au début, personne ne connaissait à Tous Cœurs, association naissante», reconnaît Cédric Cadaux. Mais les choses ont bien changé depuis. Pierre Costecalde est arrivé avec ses connaissances historiques et sa collection unique de photographies. Tous deux ont écrit le premier tome avec les moyens du bord. C'est alors qu'ils ont croisé le chemin de Guillaume Leduc, des éditions Ixthus. Il a cru tout de suite au projet et a pris les risques financiers.

    Une équipe qui s'étoffe...

    La confiance s'installe, à Tous Cœurs a pignon sur rue. René et François Picard, Millavois de cœur et d'adoption, rejoignent le duo des débuts. Ils apportent un regard plus distancié, et beaucoup de sensibilité. Enfin, Arlette Bompart, séduite par les trois premiers tomes, apportera son style et sa rigueur, son goût de la précision. Son mari Robert, inépuisable, bat la campagne et le pavé pour rapporter de belles photos d'illustration...

    Des rencontres inoubliables...

    «Nous avons conscience du privilège qui nous est offert, confient les auteurs. Celui de rencontrer des témoins d'une époque pas si lointaine mais pourtant aux antipodes de la nôtre, dans une France figée à maints égards depuis des décennies, avant le grand basculement des années 1960 et l'avènement de la société de consommation. Certains passeurs de mémoire nous ont déjà quittés. Il fallait faire ce travail !» L'équipe lance donc un appel à toutes les personnes intéressées : toutes les contributions sont les bienvenues. «Nous recherchons des photos des années 1920 à 1960 de la rue du Barry. Nous préparons un texte mais nous ne disposons d'aucun cliché et nous n'avons jamais réussi à en trouver.»


    En savoir plus sur http://www.ladepeche.fr/article/2016/02/09/2273411-millavois-parlent-millavois-7e-dernier-tome-rails.html#bXb29r1lVlGwuBxK.99


     

  • Le tome 7 est en préparation

    Nous n'avons pas réfléchi longtemps pour prendre notre décision : le septième et dernier tome "Des Millavois parlent aux Millavois" est désormais sur les rails. Toutefois, il sera bien le dernier, car même les meilleures choses ont une fin !

    Alors, nous lançons un appel à toutes les personnes qui voudraient nous confier un souvenir, une anecdote, une photo ancienne de leur quartier : c'est le moment de franchir le pas, sans plus d'hésitation car bientôt, il sera trop tard ! Nous vous réserverons le meilleur accueil et notre équipe est aussi enthousisaste qu'au début de celle belle aventure.

    Un commerce, une entreprise, une rue, un personnage singulier, un événement particulier ? Vous avez sans nul doute quelque chose d'intéressant à partager, à sauver de l'oubli. Nous avons besoin de vous tous et toutes pour faire de ce dernier opus de notre saga millavoise un ouvrage précieux et inoubliable...

    Nous comptons sur vous !

     

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    René Picard, Pierre Costecalde, Arlette Bompart, Cédric Cadaux

  • Le mouchoir de poche de la Rue Droite

     

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    Par Cédric Cadaux

    avec le concours de Jacqueline Ramond

     

    Extrait

     

    Pour qui ne connaît pas encore la boutique de notre association, au n°6 de la rue du Lion d'Or, le terme de «ruche» souvent utilisé à son endroit pour donner un aperçu de son intense activité peut surprendre. Et pourtant... Présent tous les mercredis après-midi, j'assiste souvent stupéfait aux incessantes allées et venues des généreux donateurs apportant vêtements ou bibelots, des clients, fidèles ou de passage, espérant dénicher un joli vêtement ou s'offrir un petit meuble auquel nous avons redonné des couleurs... On reçoit aussi les personnes, toujours plus nombreuses, venant demander de l'aide. Le mercredi, c'est aussi le jour où, dès les premiers frimas de l'automne et jusqu'aux grandes vacances estivales, nous travaillons à la rédaction et à l'illustration des récits de notre collection «Des Millavois parlent aux Millavois». Comment ne pas évoquer enfin le «centre opérationnel» de la boutique, la salle de tri, aménagée dans l'ancienne chambre froide de ce qui fut autrefois la boucherie Chaliez. Inlassablement, été comme hiver, dans leur huit mètres carrés (en poussant un peu les murs) nos dames bénévoles livrent un combat permanent contre l'espace et le temps. Ne pas se laisser déborder par les dizaines de sacs de linge, cartons de livres ou objets divers chaque jour déposés, parvenir à stocker astucieusement et de la façon la moins encombrante les réserves pour la saison prochaine, tels sont les défis que nos vaillantes ouvrières relèvent courageusement, tous les jours, du lundi au vendredi !

     

    Parfois, c'est l'accalmie. En lecteur curieux, je m'accorde alors le plaisir de déballer des livres fraîchement arrivés. Mercredi dernier, parmi une dizaine de bouquins de toute sorte, c'est le plus petit qui attira mon attention. Il s'agissait du premier numéro de la revue «Mickey Poche» paru en 1974. La maison d'édition de Disney avait à l'époque lancé ce format pour concurrencer les indétrônables Pif, Pifou et autres Placid et Muzo, des éditions Vaillant, issues du Parti Communiste Français. Mais qu'avait donc de si particulier ce petit livre ? Si je l'évoque ici, c'est parce qu'il réveilla en moi un souvenir d'enfance. Dans mes jeunes années, nous habitions un appartement dans une belle maison du boulevard de l'Ayrolle, près du «lavoir romain» et j'accompagnais mon père chaque dimanche matin, se rendant à la librairie Ramond pour acheter son journal. C'est dans cette minuscule boutique aux dimensions d'un mouchoir de poche que je découvris, parmi d'autres trésors, ce petit livre que mon père m'offrit.

     

    La libraire, Madame Ramond, petit accent, regard bleu clair pétillant et visage amène, avait dû elle aussi, à sa façon, redoubler d'imagination pour pallier l'exiguïté du lieu. Les rayonnages de livres, de revues et de fournitures scolaires recouvraient tous les murs jusqu'au plafond. Pour permettre d'atteindre les plus hautes étagères, une échelle était accrochée derrière le comptoir. Aux yeux de l'enfant que j'étais, cet endroit paraissait tout à la fois mystérieux et magique. Mystérieux comme l'étaient les livres perchés, certainement très savants, inaccessibles et prisonniers de la pénombre enveloppant l'étagement supérieur de cette cathédrale de papier. Magique surtout car Madame Ramond n'avait pas son pareil pour présenter les livres de contes, les belles histoires et les derniers gadgets à la mode. Au clair-obscur des hautes étagères succédait plus bas, mêlé à l'odeur rassurante du papier imprimé, le foisonnement des couleurs de la littérature enfantine.

    Septembre 2011. La fille de Madame Ramond, Jacqueline, qui fut elle-même libraire à deux pas de la boutique maternelle, à l'angle de la rue Droite et du boulevard de l'Ayrolle, accepte de bon cœur de m'apporter son concours pour rédiger ce petit texte. J'ai plaisir à retrouver cette dame qui m'accueillit dans sa librairie à l'occasion d'un stage en 1985. Je constate qu'elle n'a rien perdu de son esprit vif ni de son goût de la précision. Ecoutons-la.

     

    «En 1930, mes parents eurent l'opportunité d'ouvrir une librairie papeterie dans un minuscule local de la rue Droite.

    Originaire des Ardennes, ma mère était une travailleuse acharnée. Dans les premiers temps, elle continua à dresser des gants dans son arrière boutique, profitant du moindre moment de répit. La librairie accueillait sa clientèle d'habitués tous les jours que Dieu fit, du lundi au dimanche, de 7 heures du matin à midi trente et de 14 heures à 20 heures. Le seul jour de relâche de l'année, c'était le premier mai, car les journaux quotidiens ne paraissaient pas. En 1971, Maman s'accorda les seules vacances dont je me souvienne : cette année-là, je l'accompagnai dans les Ardennes retrouver nos proches. C'est papa qui s'occupa seul de la librairie pendant notre absence.

    Pour ma mère, vous l'aurez compris, sa petite librairie, c'était sa vie, son univers. Elle appréciait le contact avec ses clients, mais aussi cette rue Droite si animée qui rythma ses journées pendant plus de cinquante ans. Car d'animation, le quartier n'en manquait pas avec tous ses commerces. Ici, une (...)

     

    Pour le texte intégral, voir le tome 3

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